LA SÉRIE BUKAVU 2.0

Aymar N. Bisoka, An Ansoms, Emery Mushagalusa Mudinga, Koen Vlassenroot, Godefroid Muzalia

Taken from Bukavu Series n02, GIC website

“Cette nouvelle Série Bukavu 2.0 prolonge et approfondit le chantier ouvert par la première Série Bukavu. L’initiative précédente avait incité des réflexions ‘Vers une décolonisation de la recherche’ (le sous-titre), mais celle-ci déplace cette ambition vers un contexte plus radical : celui de la guerre. Au sein de la guerre et la violence, la production des connaissances se heurte à la précarité du monde social et à la vulnérabilité des chercheuses et chercheurs. Là où le premier volume mettait au jour l’invisibilité des partenaires du Sud global et la persistance des hiérarchies Nord–Sud dans l’industrie du savoir, ce second volume interroge ce que signifie « faire de la recherche » lorsque la vie, la sécurité et la continuité du travail deviennent elles-mêmes des sujets d’interrogation et de choixroduire du savoir n’y apparaît plus comme un simple exercice intellectuel, mais comme un acte vital, un geste éthique et, parfois, une forme de résistance malgré les vulnérabilités qu’il implique. Cette réflexion n’est menée ni dans l’abstrait, ni sous la forme d’une demande de la part des chercheurs de pouvoir ou exposer leurs points de vue. Après l’offensive à grande échelle du M23 et l’occupation des villes de Goma et Bukavu, début 2025, nous avons été confrontés à une nouvelle réalité : celle de la guerre directe et de l’occupation militaire. Celle-ci a littéralement affecté les chercheurs comme acteurs pluriels ainsi que les conditions de production et de partage du savoir scientifique.

 

Produire du savoir n’y apparaît plus comme un simple exercice intellectuel, mais comme un acte vital, un geste éthique et, parfois, une forme de résistance malgré les vulnérabilités qu’il implique. Cette réflexion n’est menée ni dans l’abstrait, ni sous la forme d’une demande de la part des chercheurs de pouvoir ou exposer leurs points de vue. Après l’offensive à grande échelle du M23 et l’occupation des villes de Goma et Bukavu, début 2025, nous avons été confrontés à une nouvelle réalité : celle de la guerre directe et de l’occupation militaire. Celle-ci a littéralement affecté les chercheurs comme acteurs pluriels ainsi que les conditions de production et de partage du savoir scientifique.

Née dans un espace où l’instabilité, la peur et la perte font partie du quotidien, la Série Bukavu s’inscrit, depuis 2018, dans une tradition de réflexivité collective réunissant des chercheurs congolais, africains et européens. Ce volume s’appuie sur des expériences vécues en République démocratique du Congo (RDC) depuis le début de l’année 2025 pour interroger les conditions de possibilité du travail scientifique dans des environnements traversés par des conflits armés et l’occupation militaire. Une quarantaine de chercheuses et chercheurs montrent comment ils réinventent leurs pratiques, recomposent leurs alliances et ajustent leurs écritures au cœur de la violence, en assumant la part située, relationnelle et exposée de l’enquête.”